Un épisode de la libération

La gare de Lunel connut son apogée au début des années 1920 désormais partie intégrante de la Compagnie PLM (Paris Lyon Marseille), elle devint gare d’intérêt générale et annexe du dépôt principal de Nîmes. Son histoire se poursuivit avec une installation importante : une rotonde de vingt deux travées munies chacune d’une fosse de visite auxquelles locomotives et wagons accédaient par un pont tournant de 23 m de long.

En 1925, une seconde promotion éleva notre centre ferroviaire – dans lequel les machines à vapeur peuvent se ravitailler au passage en eau et charbon – au rang de dépôt. Dépôt duquel dépendait (les Lunellois n’en étaient pas peu fiers !) la gare de Montpellier, notre Préfecture.

Deux cheminots – l’un mécanicien, l’autre chauffeur, c'est-à-dire alimentant le foyer avec l’eau et le charbon contenus dans le tender – s’activaient à la bonne marche des machines à vapeur. Ainsi le Lunellois de souche Pierre Arnaud formait équipe avec Eugène Marignan originaire de Marseillan, sur le bord de l’étang de Thau, celui-ci s’installait à Lunel en 1928 année de naissance de sa fille Josette. Sa villa sur la route du Mas de Robin, face au Mas de Servel (ou pour employer un langage plus actuel, sur l’Avenue Louis Abric face au Mas Catherine) portera ce même nom. Elève de Mme Picheral-Heyraud, elle expose à 13 ans chez le libraire Cambacédès, au sein de cette Grand-rue qui deviendra l’année de son dix septième anniversaire la rue de la Libération dont elle se souvient encore. Ce 21 août 1944 en effet son père rentre harassé à la maison. Avec Pierre Arnaud, ils ont abandonné vers St Aunès un train bourré de munitions qu’ils conduisaient depuis Sète sous la mitraille des avions alliés. La trêve des cheminots sera de courte durée. Mitraillette au poing, des soldats allemands viennent les rechercher dans leurs domiciles respectifs, leur ordonnent d’aller récupérer le convoi. Le prochain arrêt du train de la mort sera la gare de Lunel où le laissent cette fois les fuyards de l’armée en déroute.

Eugène Marignan et Pierre Arnaud prennent immédiatement conscience du danger représenté par cette véritable poudrière stationnée en limite de la ville. N’écoutant que leur courage, ils  remontant dans la locomotive à l’insu des Allemands, amènent le train à deux kilomètres de Lunel à hauteur du Mas de Vialla, puis regagnent une nouvelle fois leurs domiciles. Mais ils craignent des représailles.

Aussi Eugène Marignan se cache un temps avec épouse et fille au Mas de Robin avant de regagner la garrigue, plus sûre. Pierre Arnaud et les siens partent dans la direction opposée et prennent le maquis… aux cabanes de Lunel. Après avoir dormis à la belle étoile, ils entendent une série de bruits lointains mais terrifiants dont ils apprendront dans quelques jours l’origine : l’explosion des wagons de munitions. Puis c’est un coup de fusil plus proche qui déchire le petit matin de ce 22 août 1944. Le grand Cantou vient d’abattre le jeune taureau dont ils se régaleront à midi. Bientôt commencera la libération de Lunel.

Témoignage d’aujourd’hui

 

Mon père me racontait qu’il avait décroché la machine pour venir la garer au départ des machines… (il était très discret et n’a jamais voulu nous dire ce qui s’est réellement passé).

Il devait être 7 h environ, assez matin, ils étaient venus prendre un petit déjeuner de réconfort à la villa, dans le jardin, la grille de l’entrée était bien entendu fermée… Je me souviens, j’avais à peine 17 ans, j’étendais du linge tout en les écoutant raconter ce qui venait de se passer.

Tout à coup un employé du dépôt SNCF arrive complètement affolé, il avait dangereusement sauté la grille pour venir les avertir du danger… il recherche le mécanicien et les autres pour les fusiller, partez vite, la famille également, ils seront là d’une minute à l’autre…

Nous avons obéi, ne prenant presque rien. Mes parents se sont réfugiés au Mas de Robin et pour ma part j’ai été chez mon fiancé René Brun.

Le lendemain matin, vers 7 h, j’avais du pain, des melons, des tomates pour les ravitailler et je partais aux nouvelles à vélo. Ils étaient dans le Mas, pas du tout caché. J’étais inquiète et soucieuse en revenant sur la route… A 500 m du Mas, je relève la tête et je vois un soldat Allemand tout seul, armé à 20 m de moi … je fais ni une ni deux, un demi tour pour retourner au  Mas Robin… Avec le recul, je pense que s’il avait été méchant, il aurait pu me tirer dessus, il ne l’a pas fait et je suis vite allé avertir mes réfugiés fuyards d’aller dans la garrigue, ce serait plus sûr !

Comme j’allai ressortir du Mas, je vis arriver une vingtaine de soldats Allemands qui fouinaient un peu partout, mais ils ne les ont pas trouvés… Ils ont du rester 3 jours en Garrigue, heureusement nous étions en plein mois d’Août !

C’est vers 10 h du matin le 23.08.1944 (il me semble le surlendemain de l’acte de bravoure) que les allemands ont fait exploser le train qui se trouvait à 3 km de Lunel… heureusement !

Il y eut des vitres brisées, des lustres qui sont tombés. Imaginez s’il avait explosé en plein centre !

Voici ce dont je peux parler, car je l’ai vécu et je m’en souviens comme si cela se passait maintenant.  Jo.Marignan

Lunel le 15 Mai 2008 …

Deux rues inaugurées sinon rien.

 

 

La résidence privée « Le Clos des Ebénistes » a été le cadre hier matin d’une inauguration peu banale de deux rues jouxtant un passage entre deux blocs d’immeubles et baptisées des noms de deux hommes lunellois, cheminots qui sauvèrent Lunel en août 1944 en sortant contre l’avis des allemands un convoi ferroviaire bourré de munitions de la gare de Lunel. Convoi qui a finalement explosé en rase campagne. Il s’agit des rues Eugène Marignan et Pierre Arnaud. L’inauguration s’est faite en présence de Josette Dupont Marignan, la fille d’Eugène Marignan et de Josette Ensuque Arnaud, fille de Pierre Arnaud. Quatre porte-drapeaux avaient été dépêchés pour l’occasion. Instant d’émotion garantie.

Le Maire de Lunel pendant son allocution              Article extrait de la publication « Aux urnes lunellois» (photo Roland Floutier)